Le bras Schröder CB : la créativité au service du groove

Avec cet nouvel article de blog, nous vous proposons un autre regard sur nos propositions. Si nous vous avions déjà amorcé la démarche en partageant avec vous les retours de Michel sur sa platine AMG Viella Forte et l’engouement de Fabrice pour son darTZeel CTH-8550 mk2, ici c’est encore une autre approche puisque AB se propose de vous raconter ses expériences audiophiles aux longs cours. AB, ne raconte pas son expérience à chaud, mais après une expérience immersive plus ou moins longue. Il nous dit tout : ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas et bien d’autres choses qu’il aura pu recueillir auprès des personnes qui ont su mettre au point les produits qui l’enthousiasme. 

Sans plus attendre, voici donc son expérience du bras de lecture Schröder CB, un bras auquel nous  sommes particulièrement attachés

Le bras Schröder CB de AB sur sa Garrard 301 Grease
Le bras Schröder CB de AB sur sa Garrard 301 Grease

Chacun dans son parcours audiophile a eu quelques bras, voire de nombreux selon les moyens consacrés et le degré de passion voué à sa collection de disques vinyles. En faisant bref, cela débuta pour moi par un basique bras équipant une Technics entrée de gamme, tout juste bon à tracter une MM lors des booms endiablées d’adolescents. Plus tard, un TP16 installé sur une Thorens TD 160 portant une MM AT 160LC commençaient à ressembler à quelque chose d’audiophile (les pubs pour la 160 Super me faisaient rêver…), puis faute de la Linn LP12 tant rêvée parée de son Itok, arriva une P3 Rega et un RB300 sur lequel j’avais risqué d’y installer une Kiseki Aurora puis une Koetsu Black, funeste erreur. Les choses sérieuses ont commencé avec un Goldmund T5 où la Black s’y trouvait bien mieux, le tout acheté avec la Goldmund Studietto d’occasion dans la mythique boutique Présence Audio Conseil, lieu d’incessants pèlerinages. Bien plus tard, du même concepteur, un Lurné Roméo flirta sur une Romance roucoulant avec une Audio Technica OC9, mais il fallait passer à du plus lourd afin de se marier à LA cellule tant adorée : la SPU. Ce fut l’Ortofon RS212, le Fidelity Research FR64S puis le Schick 12 pouces.

À ce moment tout va bien, les bras étant installés sur une Garrard 301 graisse, il y a de quoi se faire plaisir, et éviter d’aller voir ailleurs, rassuré dans la certitude de posséder des anciennes gloires passées, comme le FR64S, dont la cote commence gentiment à suivre celle bondissante de son grand frère 12 pouces FR66S. Mais l’expérience aidant, les amis, la curiosité de découvrir ce qui se fait de mieux, et la rencontre d’un passionné comme Frank Schröder, commencèrent à semer des graines. 

Un créateur avisé

Ce dernier s’est rendu célèbre par des réalisations magistrales, comme le bras Die Referenz (et sa version ultime SQ), suspendu par un fil, où les roulements brevetés se font par torsion et aimants, maintes fois copiés mais jamais égalés. Une merveille de musicalité avec les meilleures cellules, certes demandant un peu de travail pour son réglage optimal, mais c’est le prix à payer pour en obtenir la quintessence. Écouter le résultat sur une Jan Allaerts par exemple est impressionnant. Il faut aussi être très patient si l’on désir se l’offrir, car le maître lui-même les fabriquent sur mesure au compte goutte, dans différentes essences de bois. Le créateur allemand installé à Berlin a déchainé son imagination également sur le modèle phare LT, doté de deux points de pivots, qui fonctionne comme un tangentiel, sans erreur de lecture, doté d’un amortissement magnétique, où les poussées latérales sur le cantilever de la cellule sont nulles : il est étonnant de constater visuellement comment il travaille. Voici le brevet US Patent pour les férus de technique :

https://patents.google.com/patent/US8576687B1/en

Un CB, c’est quoi ?

Si l’on observe un bras Glanz MH-124S par exemple, beau dans sa robe acier inoxydable, c’est un classique indémodable rappelant le look des bras  d’antan (Fidelity Research, SAEC, SME, Ortofon, Denon, etc.). Mais le CB lui respire quelque chose de différent, suprêmement simple, actuel dans ses matériaux, où la forme est dictée par la fonction, sans artifice inutile, mais utilisant des matières nobles comme l’ébène, ou contemporaines comme un sandwich en fibre de carbone, semblant sortir d’un atelier de F1. Il peut se décliner en 9,4 pouces, pour une longueur effective de 239,3 mm et une installation à 222 mm, et 11,1 pouces (CB-L) d’une longueur effective de 282 mm pour une installation à 267,5 mm. Il est à noter qu’une longueur n’est pas systématiquement supérieure à l’autre à l’écoute. Nous reparlerons des différences subjectives qui peuvent exister entre les deux choix.

Le fut droit peut être en fibre de carbone tissée, ou en bois traité : ici en ébène, ou même d’autres essences sur demande, les corps en bois offrant une masse effective légèrement supérieure. Le tube en carbone adopte lui une conception multi-matériaux pour obtenir une rigidité maximale assortie d’un très haut coefficient d’amortissement interne. On y trouve une gaine en Teflon pour le câblage réduisant drastiquement les effets de capacitance et élimant les pertes de courants de Foucault. L’unique point de fixation de la cellule permet de régler l’offset étant donné que le CB est un bras droit. On peut choisir le type de plaque de montage, ce qui modifie légèrement la masse effective : phénolique = 12g, Certal (aluminium très dur) = 14g, laiton = 18g, optimisant aussi le couplage mécanique selon la cellule.

La liaison entre la cellule jusqu’aux prises RCA de raccordement au phono est directe, sans aucun connecteur ni soudure intermédiaires, assurant une intégrité maximale du signal, sans perte, les fils de sortie étant à choisir entre le cuivre pur cryogénisé ou l’argent. Inutile d’investir donc dans un câble phono coûteux, le CB9 est livré d’un seul tenant, comme un tout minutieusement conçu et contrôlé par Franck Schröder. La boite en bois de présentation rassemble d’ailleurs tout ce dont vous aurez besoin pour régler précisément le CB, calé dans une mousse protectrice.

La parole au créateur

Frank Schröder a bien voulu nous dévoiler quelques infos sur la création du CB, protégé par brevets, qui réunit des concepts auxquels il tient beaucoup. Son coefficient de frottement par exemple est sans précédent : 2 mg vertical et moins de 3,5 mg horizontal, le plus bas jamais mesuré pour un bras sur roulements. Pas étonnant qu’il soit Composant Recommandé Classe A Stereophile.

AB – D’où vient le nom CB ?

FS – CB signifie Captive Bearings (paliers captifs), contrairement aux bras Référence ou n° 2 qui disposent d’un palier sur fil magnétiquement stabilisé et amorti.

AB – Quelle est l’intention de départ ?

FS – Ce bras devait à l’origine être associé à la platine Artemis Labs, l’un de mes designs fabriqué aux États-Unis, jusqu’à ce que l’entreprise soit victime de la crise financière en 2008. La platine était entrainée par bande magnétique. Plus de renseignements ici :

http://www.hifiplus.com/articles/artemis-labs-sa-1-turntable-and-ta-1-tonearm-hi-fi-91/

Le CB était censé être moins coûteux que le Reference (avec lequel la platine était également vendue), et il a été fabriqué sous licence aux États-Unis, donc le temps d’attente devait-être moins long. Mais son design est bien moins simple que celui du Reference.

AB – Quelle est la particularité des roulements ?

FS – Ce sont des roulements hybrides en céramique, sélectionnés pour leur faible frottement et leur faible bruit. Il n’y a qu’un seul roulement hybride céramique de grand diamètre pour le mouvement latéral, centré et préchargé par deux anneaux magnétiques (non visibles).

AB – De quel matériau est constitué le support des roulements ?

FS – C’est du POM (polyoxyméthylène), polymère de type polyacétal, plus d’autres matériaux, que je préfère ne pas dévoiler…

AB – À part la masse effective, quelle est la différence subjective entre le fut en carbone et celui en bois ?

FS – La différence entre la tige en sandwich carbone à 5 couches et la tige en ébène est inférieure à la différence entre les différentes plaques de montage de la cellule (ou en appliquant différentes valeurs de couple aux vis de montage de celle-ci). Le bras de la tige en ébène a une masse efficace légèrement plus élevée (16 grammes avec plaque de montage standard). Je n’essaye PAS de créer un bras qui a un son, mais exactement le contraire : celui qui peut être associé à une multitude de cellules sans altérer une empreinte sonore perceptible.

AB – Il n’y a donc aucune différence de sonorité entre le CB 9 pouces et le CB-L 12 pouces ?

FS – Encore une fois, il ne devrait pas y avoir de différence sonore entre un bras de 9,4 et un bras de 11,1 pouces. Mais la force de compensation d’antiskating inférieure (en raison du plus petit angle de décalage sur le bras le plus long) peut, dans certains cas, être bénéfique à l’image sonore et au rendu de la micro-dynamique. Le potentiel de stockage d’énergie plus faible du bras le plus court compense généralement le second aspect.

AB – Quelles sont selon vous les meilleures cellules pour le CB ?

FS – Toute cellule de qualité supérieure fonctionnera extrêmement bien sur un bras CB, tant que sa compliance n’est pas très élevée, ni très basse. J’utilise une Soundsmith Hyperion et une Lyra Atlas chez moi, ainsi que des cellules depuis longtemps hors production. Mais Jan Allaerts, My Sonic Lab, Micha Huber (X-quisit Thales /EMT), Audio Technica et … Sculpture A fabriquent aussi des cellules géniales.

AB – Quelle est la nature du câblage ?

FS – Le câblage de type monobrin pour les bras CB est réalisé par mes soins (alors que c’est Thrax en Bulgarie qui fabrique le bras). Il est fait à la main selon un modèle qui donne une capacité inférieure à 40pF (28pF sans le blindage) par longueur entière (environ 1,4 m), utilisant du cuivre coulé en continu de haute pureté (99,9999%) ajouté d’un traitement cryogénique. Les matériaux d’isolation utilisés représentent des pertes diélectriques infimes, sans égal. Le câblage est soumis à un processus de rodage avant l’expédition.

AB – Une conclusion ?

FS – N’importe quel bras de lecture et vraiment n’importe quelle platine vinyle ne montreront leur plein potentiel que s’ils sont configurés avec expertise. Les bras CB permettent d’ajuster tous les paramètres fondamentaux, mais offrent quelques options qui vont au-delà, afin que l’on puisse toujours tirer le meilleur parti de la cellule phono.

Les réglages

Justement, à la réception d’un CB9, on est un peu intimidé au moment de l’installer : vais-je arriver à tirer la quintessence de cette bête de course ? Finalement, il n’est pas très compliqué d’en tirer rapidement un résultat tout simplement génial. Pour l’affinage, cela demande un peu plus de temps, et pas moins de 3 clés Allen différentes !

Sa base de fixation nécessite 2 trous : le principal de 24 mm et le secondaire de 6 mm où s’insère la vis, ce qui évite toute rotation intempestive une fois en place. Il faut fixer ce socle avec la pointe dirigée vers l’axe de la platine, pour laisser toute la liberté de mouvement au contre-poids doré à l’arrière. Celui-ci, dont la masse est située sous le centre de gravité, est constitué de 2 parties, dont une inférieure qui se dévisse, isolée par un joint torique. Cela permet d’ajuster au dixième de gramme près la VTF sans avoir à déplacer le CP pour un ajustage fin. Dans le même ordre, une tige filetée dorée à l’arrière du bras permet encore de peaufiner le réglage idéal. Le bras glisse aisément le long de sa potence graduée, et un patin en téflon le cale après l’ajustement de la VTA.

L’antiskating de type magnétique sans contact, situé sur le support du lève bras, se règle par le dosage de la répulsion en agissant sur la distance de la pièce filetée. Il faut l’actionner avec une clé Allen un peu en biais, ce qui n’est pas très aisé, mais très précis. Sur un disque non gravé avec un sillon (mais pas lisse), le bras doit gentiment aller vers le centre sans se précipiter, une confirmation à l’écoute s’avérant aussi indispensable.

Concernant la force d’appui, l’ajustage s’entend de façon incroyable, et d’une manière générale, le CB9 est très sensible à chaque réglage. Par exemple, le degré de serrage de la cellule sur le support compte (il ne faut surtout trop serrer justement), tout comme la nature de la base où est fixée la cellule. Cela dit, sur mon EMT TSD15, j’ai confectionné une plaquette en bois de quelques millimètres pour l’adapter au CB9, car montée « nue », son aimant dépasse sur le dessus. Les fils sortant du bras sont assez long, il faut bien les torsader pour qu’ils se maintiennent en place éviter tout bruit. Bref, petit à petit, avec quelques tâtonnements, on arrive vraiment à extraire toute la substantifique moelle de la cellule, plus qu’avec tout autre bras que j’ai pu avoir.

À l’écoute

Je m’attendais à quelque chose de mieux que mes précédents bras, mais pas à ce point ! C’est un autre monde qui s’ouvre grâce au CB Ebène. Je ne reconnais plus l’EMT TSD15 retipée (cantilever en boron, profil microridge). Sur un bras lourd comme le FR64S, elle devenait un peu trop détaillée et chirurgicale, un peu « hifi » en fait, certainement dû à des résonances intrinsèques au bras mal assorties à la cellule. Sur le Schröder, elle est beaucoup plus fine et subtile, à un point vraiment surprenant : une véritable redécouverte. Ce mariage est stupéfiant, car l’EMT conserve sa dynamique incroyable, son rendu du grave, sa vie, mais en y ajoutant une subtilité de timbre, de nouvelles finesses dans l’aigu, qui apportent un éclairage encore plus réaliste sur les instruments.

Par dessus tout, le CB possède un sens de l’image sonore et une précision de placement des instruments absolument fantastiques, de façon naturelle, sans aucun caractère spectaculaire ou surajouté. Il ne faut pas s’attendre à des effets pour rendre l’écoute impressionnante ou aguicheuse, qui ne serait qu’une coloration ajoutée du bras, mais grâce à lui vous redécouvrez littéralement les prises de son, comme l’incontournable Jazz at the Pawnshop. C’est fascinant de se retrouver pratiquement au milieu des convives, amusées par les facéties du groupe exécutant 4 ou 5 conclusions du morceau «LimeHouse Blues », qui semble ne jamais se terminer. D’innombrables détails surgissent et apparaissent comme évidents, alors qu’avant on les distinguaient à peine. En faisant un parallèle avec la peinture, le CB se présente comme une œuvre de Vermeer de Delft, alors que parfois cela ressemble plus à un tableau de Rubens utilisant largement les glacis, ce qui peu être agréable et opulent, mais loin de la sensation d’immédiateté, de réalisme et de beauté que l’on ressent devant le maître flamand, … et le CB.

Ce bras a vraiment la faculté de sublimer les meilleurs enregistrements de votre discothèque, mais aussi de mieux faire ressentir la singularité de certains, qui même en avouant leurs limites, possèdent toujours du charme. Un petit Jimmy Raney « Strings & Swings », aux enregistrements datant de 1957 et de 1969, sonne un peu petit, étroit, mais grâce au CB, la guitare se révèle d’une fraîcheur superbe, pleine d’émotion, qui traduit toute l’inspiration du guitariste. Cela n’empêchera pas de ne pas faire de cadeau aux disques mal enregistrés. En revanche,  sur Imagenes de Mosalini/Bettelmann/Caratini (Label Bleu), jamais je n’ai entendu une telle précision dans le placement, une telle véracité du bandonéon, une présence dans le délié de la contrebasse aussi naturelle, ni une telle énergie. Il se passe encore quelque chose de nouveau même sur des vinyles que l’on possède depuis des décennies ! Idem sur l’excellent Érik Truffaz « Mantis », absolument magnifique.

Chaque écoute en compagnie du CB9 poussant la cellule à son maximum et vous emmène dans des paysages inconnus auparavant, qui semblent vous rapprocher encore plus d’une certaine vérité musicale. Le voyage est toujours fascinant, et inoffensif si ce n’est addictif ! 

La décision

S’offrir un bras de ce tarif peut sembler excessif : oui, ça l’est, ce n’est pas raisonnable. Le seul problème est que si vous possédez une excellente cellule, en général MC, vous ne l’avez pas encore entendue si vous ne l’installez pas sur un tel bras. Une simple EMT, qui n’est pourtant pas la plus exotique des cellules, même retipée de course, est transfigurée quand elle est installée sur le CB. Je n’imagine même pas le résultat avec une My Sonic Lab Eminent BC, une Sculpture A A .4, une Phasemation PP-2000, une ART-1000 Audio-Technica, ou une Mutech Hayabusa, cellules découvertes lors des nombreuses portes-ouvertes chez AMS. Et croyez bien que Franck Schröder est aussi un inconditionnel du vinyle, il aime les disques et la musique, comme le prouve son énorme collection : environ 15 000 LP, 1000 78 tours, des centaines de bandes masters et deux fois plus de bandes commerciales (RCA, Mercury, Everest, Columbia), en 2 et 4 pistes de la fin des années 50 au début des années 70 ! D’ailleurs les chanceux qui ont pu écouter son système n’en sont encore pas revenus. Cette passion se ressent intensément à l’écoute de ses bras, qui savent extraire toute l’essence de la musique. Et ce savoir-faire n’est pas donné malheureusement, ni à la portée d’honnêtes produits bien réalisés mais n’atteignant pas un tel niveau de perfectionnisme. Il faut donc faire le pas, vous ne risquez absolument pas de le regretter.

AB.

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